ORIGINES DE LA COLONIE FRANCAISE EN CALIFORNIE DU SUD (ETATS-UNIS)

Le premier Français à se rendre en Californie fut La Pérouse qui, à bord de son navire “La Boussole”, fit escale à Monterey en 1786. Dans la capitale de cette colonie espagnole, à une centaine de kms au sud de la baie de San Francisco, il fut étonné que si peu de soldats contrôlent des milliers d’Indiens.

Dès 1818, plusieurs grognards de Napoléon, expatriés en Californie et reconvertis en corsaire à la solde de l’Argentine, vinrent faire le coup de feu aux côtés des révolutionnaires Mexicains pour libérer finalement ce territoire de la couronne espagnole en 1822. Les Français s’emparèrent notamment des missions de Santa Barbara et de San Juan Capistrano - Dana Point.

Après le sabre, le goupillon! Le Père Auguste Bachelot ouvrit en 1832 l’une des premières églises de Los Angeles. Quelques années plus tard, la communauté catholique confia à Louis Mesmer les plans de la construction de la cathédrale Sainte-Viviane. Elle existe toujours... au coeur des échangeurs d’autoroutes du centre de Los Angeles. En 1836, la mairie de Los Angeles comptait alors 1 600 habitants dont 10 Français immatriculés (oui! oui!) contre 7 Anglais, 3 Italiens, 2 Portugais et un Allemand. Quelques années plus tard des compatriotes, comme Jean-Louis Vigne (un nom prédestiné), plantèrent les premiers vignobles près d’Hollywood ou lancèrent les premiers “champagnes” de Californie... à l’endroit même où se trouve maintenant Disneyland.

Plusieurs Français avaient combattu en 1846, lors de la guerre contre le Mexique, aux côtés des Américains pour donner la Californie aux Etats-Unis. Ils aidèrent le Général Franco-Américain Frémont. Après avoir été le premier gouverneur de la Californie et son premier sénateur au Congrès de Washington, celui-ci fut désigné comme le candidat des républicains à la Présidence en 1856. Pendant très longtemps, et bien après que la Californie fut devenu le 31è Etat de l’Union le 9 septembre 1850, nos compatriotes parlèrent plutôt en espagnol car l’usage de l’anglais était très limité.

En 1859, Damien Marchessault fut élu maire de Los Angeles avant qu’un autre Français, le banquier Guy Mascarel, ne le remplace. La société française était de prédominance basque mais aussi originaire de toutes les autres régions de notre pays. Elle eut sa propre milice de 105 membres, organisée pour se protéger des “indésirables” venus du Nord de la Californie à la fin de la ruée vers l’or

C’est le 29 octobre 1859, avec salves de canon et milice française du corps d’infanterie en grande tenue, que la colonie française accueillit en grande pompe le Vice Consul J.A. Moerenhout - premier représentant du gouvernement français à prendre son poste à Los Angeles. C’était un diplomate chevronné qui avait été Consul honoraire puis Vice Consul de France à l’époque où Monterey était encore la capitale de la Californie. Il occupa son poste jusqu’à sa mort en 1879. Ce n’est qu’en 1930 que le gouvernement français reconnaissant l’importance de la Californie décida de promouvoir sur place le Vice Consul, M. Didot, au rang de Consul de France pour le sud de la Californie, l’Arizona et le Nouveau-Mexique.

Il y a tout juste un siècle la colonie française de Los Angeles, avec un maire Français à sa tête M. Beaudry, contrôlait une grande partie du commerce traditionnel. Au centre ville des magasins comme le “French Mexican Drug Store”, la “Charcuterie Française” ou l’hôtel du “Champ d’Or” étaient bien connus des 50 000 Angelenos. Ce sont encore des Français qui établirent la Compagnie des Eaux de Los Angeles. Vers 1910, ils firent remplacer les canalisations en bois par 20 kms de tuyaux en fer et donnèrent à cette cité son premier réseau d’adduction d’eau.

Mais, déjà, la région se développait rapidement. Louis Roubidoux fonda la ville de Riverside. Les citoyens, en son honneur, baptisèrent de son nom une montagne toute proche. Eugène Aune construisit, pour y tenir un restaurant français au bord de mer, la première maison de Santa Monica. Peu après les sportifs se réunirent au “Club Athlétique Français” de cette nouvelle communauté.

En 1860, il n’existait à Los Angeles que des hôpitaux religieux et souvent sectaires. La colonie française créa la Société de Bienfaisance qui existe toujours sous le nom de Société de Charité des Dames Françaises. En 1869, l’hôpital français fut inauguré. Il se trouve aujourd’hui au milieu du quartier asiatique. Devant son entrée, trône une magnifique statue de Jeanne d’Arc d’où l’on aperçoit des panneaux publicitaires en chinois, coréen ou vietnamien! A l’intérieur du centre hospitalier, dans la bibliothèque, on peut consulter le registre des membres français de l’hôpital. La lecture des comptes-rendus de séances, calligraphiés superbement en français jusque vers 1940, n’est pas triste!

Au milieu du siècle dernier le Révérend Anacet Lestrade ouvrit, à Los Angeles, la première école avec internat pour garçons. De son côté, Mme Henriot créa une école privée “la mieux fréquentée” de la région. L’enseignement y était professé uniquement en français et en espagnol (Non! Il n’y avait pas de bourses scolaires!). Bien plus tard M. Bouelle, éminente figure de la colonie, se vit confier le poste de Directeur des écoles de Los Angeles.

En 1870, Georges Le Mesnager avait quitté la Californie pour rejoindre les troupes françaises lors du conflit franco-prussien. A la fin de la Première Guerre mondiale, ce “poilu”, rescapé des tranchées de Verdun, entra au côté du Général Pershing dans Strasbourg redevenue française. Revenu, une fois de plus à Los Angeles, il fonda ce qui allait devenir la “Fédération des Anciens Combattants de la Californie du sud et des Etats limitrophes” qui demeure toujours aussi active que lors de sa création.

Lors du premier centenaire de l’indépendance des Etats-Unis en 1876, un Français Eugène Mayer organisa la parade la plus gigantesque jamais vue dans le sud de la Californie. Sur un char, construit par la Société de Bienfaisance, deux jolies jeunes Françaises symbolisèrent les déesses de la Liberté américaine et française. A Los Angeles, dans toutes les rues, on voyait des portraits de Washington et de La Fayette.

Le 14 juillet 1889 fut, tout comme en 1989, une grande fête à Los Angeles. A chaque fois, des milliers de personnes se retrouvèrent pour célébrer tard dans la nuit, sous les flonflons et après avoir fait bombance, la prise de la Bastille.

Vers 1880 de nombreux journaux français furent publiés. Ils ne durèrent que peu de temps. “Le Progrès”, par contre, parut une dizaine d’années. On pouvait même l’acheter à Bayonne! Quant au journal “L’Union”, il exista pendant près de 60 ans.

Au début du siècle un compatriote fort célèbre Paul de Longpré, artiste peintre, avait acheté un terrain de 12 000 m² à Hollywood... en échange de trois de ses toiles. Il y fit construire sa maison entourée d’un jardin réputé pour la qualité de ses citrons. C’est en 1911, quelques mois après sa mort et sur son terrain que, dans un hangar appartenant à un Français du nom de Blondeau, la compagnie de films Nestor donna le premier tour de manivelle de ce qui allait devenir l’empire du cinéma.

Un grand nombre d’autres associations prirent de l’importance à cette époque, pratiquement toutes ont disparu aujourd’hui. Après la destruction de Santa Barbara par un tremblement de terre en 1926, l’Association fraternelle française de cette ville fut l’une des plus efficace pour participer à la reconstruction. Vers 1930, les Alliances françaises occupèrent une place importante, qu’elles tiennent encore avec plus ou moins de succès, dans de nombreuses villes du sud de la Californie.

En 1924, la Californie du sud comptait 3 millions d’habitants, contre plus de 36 millions en 2000. On en dénombrait 200 000 d’origine française qui y jouaient un rôle non négligeable. Cette année-là fut promulgué “l’immigration act” qui mit pratiquement un terme à l’immigration européenne.

De nos jours le nombre des immatriculés, dans les deux Consulats Généraux de Los Angeles et de San Francisco, s’élèvent à 25 000. Les doubles nationaux en représentent à peu près la moitié. Mais il est communément admis que les Français établis dans l’Ouest des Etats-Unis sont au moins 75 000. Nos compatriotes habitent surtout dans les quelques 110 villes de la mégalopole de Los Angeles ou la baie de San Francisco. On recense toutefois plusieurs milliers de Français éparpillés dans le Colorado, en Arizona et autour de Seattle (Washington). On trouve des “poches” françaises au Nouveau-Mexique tout comme dans le Nevada ou l’Oregon.

Près de la frontière mexicaine, San Diego (Californie) a vu le nombre des immatriculés tripler en moins de 10 ans pour passer à environ 2 000.

Si la population française de Las Vegas (Nevada) est nettement moindre, celle de passage est par contre bien plus importante. Elle est constituée de Français qui habitent en métropole et qui viennent s’y marier avant d’effectuer leur voyage de noces. Ce qui leur pose après des problèmes, c’est d’oublier de faire transcrire leur mariage au Consulat Général de France à Los Angeles. Or ils viennent d’accomplir un acte très officiel!

De nos jours les Français sont actifs dans toutes les professions. Ils travaillent surtout dans le tertiaire: informatique, enseignement, recherche. Ils occupent souvent des postes de responsabilités dans de grandes compagnies ou sont établis à leur propre compte. De nombreuses entreprises françaises ou à capitaux d’origine française sont installées un peu partout. On en compte une cinquantaine dans la Silicon Valley. Au Nouveau-Mexique, il y en a une qui produit du... “champagne”. Les chômeurs ne représentent qu’une proportion infime des Français immatriculés; quant aux retraités, ils sont relativement peu nombreux.

Terre d’immigration, l’Ouest américain attire et fascine toujours autant. Les Français, comme bien d’autres, continuent à s’y installer pérennisant ainsi l’influence de notre pays dans ce “coin de terre qui nous sourit”*.


Claude Girault

* Traduction de la devise latine « Angulus mihi ridet » que l’auteur de ces lignes proposa et qui fut adoptée par la ville nouvelle d’Irvine en 1972.

(Pour la partie historique, les informations proviennent en partie du “Guide Français” traduit de l’anglais, à la fin des années 80, par le Consul Général adjoint Jean-Louis Rysto à Los Angeles).

Claude GIRAULT