VOL AU-DESSUS DU GRAND CANYON

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Il est difficile de faire un séjour à Las Vegas sans se laisser tenter par une visite au Grand Canyon. A Los Angeles, tous mes amis me disaient : il faut le faire en hélicoptère, c’est génial.

Un dépliant que l’on m’avait donné sur le strip retint mon attention : « DISCOUNT COUPONS, Grand Canyon scenic air tour, $149.99 par personne, la deuxième personne gratuite », proposant : 

-         Visite aérienne de Boulder City, Lake Mead et Hoover Dam, du plateau Schuwitz, (possibilité de voir des chevaux sauvages), vol au-dessus du Grand canyon, villages indiens et volcans (éteints).

J’appelais Sightseeing Tours Unlimited sans plus tarder et négociais le tarif pour deux adultes et une enfant de 7 ans. Je parvins à obtenir $275 pour 90 minutes de vol en Cessna. Pas mal. Rendez-vous fut pris le lendemain pour 13 heures. On viendrait nous chercher à l’hôtel. Parfait.

Le grand canyon : 446 kilomètres de long et par endroits 16 kilomètres de large, 1.7 de profondeur du côté nord et 300 pieds de haut.


L’aspect géologique du Grand Canyon est très important au niveau scientifique : aucun autre endroit au monde ne montre une vue aussi vaste du temps. Chaque strate de roche marque distinctement une période de l’histoire de la terre de 250 millions à 2 milliards d’années.

La tribu indienne des Havasupai, déjà présente lorsque les premiers explorateurs européens arrivèrent en 1540, vit toujours dans l’ouest du canyon (environ 250 personnes).

Il est aisé de se procurer toute la documentation nécessaire pour visiter le Grand Canyon, que ce soit à pied, en voiture, en jeep avec des guides, à dos de mule ou en hélicoptère.

Nous n’explorerons aujourd’hui que la visite du Grand Canyon en avion depuis Las Vegas.

L’entrée ouest du Grand Canyon se trouve à 5 heures de route minimum de Las Vegas, et la route est éloignée de celui-ci, ce qui nécessite de toutes manières une nuit d’hôtel minimum, et un surcroît de voiture pour aller aux endroits les plus intéressants.

La visite du grand canyon en avion offre plusieurs avantages :

Pour le voyageur pressé et désireux de s’en mettre plein les yeux de ce spectacle unique, l’avion est le moyen le plus rapide et le moins onéreux si l’on considère le prix de l’essence ajouté aux frais d’hôtel ($100.00) et les frais d’entrée du canyon ($20 .00).


La «shuttle »  arriva comme prévu à 13heures et nous trouvâmes toutes les trois dûment munies de notre gourde d’eau (c’est le désert ici ! ! !) et prêtes pour notre excursion. Nous fûmes déposées au bureau de Sightseeing Tours Unlimited où l’on nous remit nos tickets, plus un tas d’autres coupons de discount des hôtels de Las Vegas. De là, nous prîmes un bus jusqu’à Boulder City.

Comme on dit ici, « There were bad news and good news ». La mauvaise surprise, c’était l’heure de trajet jusqu’à Boulder City sans la climatisation dans le bus malgré la chaleur caniculaire. La bonne nouvelle, c’était la famille  française,  parents de Fabrice, propriétaire du fameux restaurant français «La cachette » situé 10506 Santa Monica Blvd à Los Angeles. Le plaisir de faire connaissance avec une famille française rendit le trajet étouffant beaucoup plus agréable.

Nous traversâmes la ville d’Henderson, située dans la périphérie de Las Vegas. Le prix de l’immobilier est seulement de $90 .00 par square foot. La ville s’agrandit de 10 000 personnes par mois, contre 4000 à Las Vegas. La route nationale, qui supportait aisément le trafic il y a cinq ans, est devenue une autoroute.

Tiens, comme c’est bizarre, voici une enseigne de casino en plein désert. Le chauffeur nous informe que c’est le premier casino du Nevada qui se trouve là, juste après le virage. Dommage, je n’ai eu le temps que de photographier l’enseigne.

Par contraste, Boulder City ne délivre qu’une centaine de permis de construire par an. Ces gens là tiennent à leur tranquillité.

Arrivés au petit aéroport de Boulder City, nous sommes présentés à notre pilote, Mike (voir ci-dessous). Ma fille arrive, inquiète, et m’explique en anglais : « There are BAD news. You see the small airplanes over there ? These are FOR US ! ». D’habitude, je ne lui réponds pas lorsqu’elle me parle en anglais, mais là, je passe.

J’avoue qu’à ce moment précis, je regrette d’avoir pris l’initiative d’embarquer ma mère de 75 ans et ma fille de 7 ans dans ce périple. Mais bon, nous sommes sur place et n’allons pas faire marche arrière maintenant ! ! ! Elles  n’en parlent pas d’ailleurs, alors pourquoi m’inquiéter ?

Tout le monde achète des bouteilles d’eau et se rafraîchit dans les toilettes. Comment les gens peuvent-ils vivre ici sous un soleil pareil ? ? ? Certaines maisons sont très éloignées de la civilisation. Comment sont-ils ravitaillés ? Par les corbeaux ?

L’heure du départ arrive. Pas de chance, nos amis français sont déjà à bord d’un autre Cessna et nous ne voyagerons pas avec eux.

Un couple canadien et une jeune femme s’installent. Je demande à Mike d’être installée à côté de ma fille qui n’en mène pas large. Il fait asseoir ma mère tout à l’arrière sur un siège au ras du plancher. « C’est vraiment un vieux coucou, dit-elle en me montrant un morceau de plastic déchiré de la paroi du Cessna ». Je n’ose la regarder….

Afin de passer le temps et de faire diversion tandis que Mike termine l’inspection de l’avion, je parle des premiers avions, sans tout le matériel de bord qui existe aujourd’hui, des pilotes qui ont ainsi traversé l’Atlantique, juste avec une boussole et les étoiles, d’Antoine de St Exupéry qui a écrit le Petit Prince (sans mentionner sa fin tragique….). J’ai déjà prévenu que cela n’a rien à voir avec un Boeing 747 : cela fait un boucan pas possible et  ça bouge beaucoup.

Bon, ça y est, Mike démarre et nous décollons. Je retrouve les sensations éprouvées lors de mes cours de vol, il y a une dizaine d’années. Après un moment, on s’habitue au ronronnement du moteur et l’avion ne se balance pas trop. Je remercie silencieusement Mike. Ma mère m’assure qu’elle va bien. Comment ai-je pu la faire monter dans ce petit avion, elle qui a peur de voler, je ne me l’expliquerai jamais…. Ma fille est extraordinairement calme, et cela aussi est inexplicable. Pas plus tard qu’hier, elle a passé sa journée sous le dôme du Circus Circus, là où il y a des jeux et manèges pour enfants, et est restée obstinément au sol dans son petit avion… Il y a des choses qu’il ne faut pas chercher à comprendre.

Nous volons. Après la plaine désertique, voici l’eau bleue du lac Mead. Joli, n’est ce pas ?

Le paysage change et devient plus escarpé. Les couleurs aussi. Mike nous annonce par micro que nous sommes à 15 minutes du Grand Canyon. Et très rapidement, le voilà, il s’étale, majestueux, extraordinaire, géant, incroyable…. Les appareils photos cliquent. Et tandis que le Monsieur canadien filme, sa femme vomit poliment, sans bruit (peut-être le bruit du moteur) dans son petit sac en plastique. Heureusement, l’avion est ventilé et nous n’aurons pas le bénéfice des odeurs. La chaleur est également beaucoup plus tolérable là-haut qu’au sol, malgré l’absence de climatisation.

Mike nous signale quelque chose sur une réserve d’indiens, mais nous ne verrons qu’une espèce de tente blanche. Point de chevaux sauvages en vue non plus.

Plus bas, nous observons un petit avion voler en plein milieu du canyon. Brrr !!! C’est très dangereux.

Nous faisons demi-tour et revenons par Hoover Dam. C’est très impressionnant. Les couleurs sont superbes. Le temps a passé très vite.

Et voici déjà l’atterrissage. Je bénis Mike pour son expérience de pilote et son vol. A part un moment où ma fille m’a dit «I am trying to hold on », traduisez «j’essaie de ne pas paniquer et vomir », tout s’est bien passé. Idem pour ma mère. Je n’en reviens pas. Allez, une petite photo avec Mike.

Nous retrouvons la famille française  dans la salle d’attente de l’aéroport. « C’était vraiment très bien. Nous avons volé au milieu du canyon ». Ah ! bon, c’était vous ? ? ? ? « Oui, il paraît que nous avions le meilleur pilote. Nous avons frôlé une paroi à un moment. » Ouh la la !

Sur le canapé, il y a une jeune femme affalée dont le teint est carrément verdâtre, avec son mari (verdâtre aussi) qui lui éponge le front.

« Ce qui leur est arrivé est terrible », m’explique le Monsieur. Nous étions avec eux, et dès le décollage jusqu'à l’arrivée, elle n’a cessé de vomir. Même son mari a été malade…. Je ne vous dis pas le pare-brise ! ! ! Et ils ont utilisé tous les sacs en plastique de l’avion ! ! !

Remerciements silencieux de ma part à Dieu, au Grand Sachem, etc…etc….

Nous prenons une photo de la famille  française, décidément très sympathique.

Nous rentrons à Las Vegas satisfaits de notre épopée, fourbus, et au frais : j’ai râlé pour la clim.

Nous sommes déposés à notre hôtel à 17h. Dans les temps. Rien à dire. C’était un bon rapport qualité /prix et nous garderons tous un merveilleux souvenir de cette journée (sauf le couple du canapé bien entendu….).

 

Francoise ATOUN