
VOL
AU-DESSUS DU GRAND CANYON
****************** Il
est difficile de faire un séjour à Las Vegas sans se laisser tenter par
une visite au Grand Canyon. A Los Angeles, tous mes amis me disaient :
il faut le faire en hélicoptère, c’est génial. Un dépliant que l’on
m’avait donné sur le strip retint mon attention : « DISCOUNT
COUPONS, Grand Canyon scenic air tour, $149.99 par personne, la deuxième
personne gratuite », proposant : -
Visite aérienne de Boulder City, Lake Mead et Hoover Dam, du
plateau Schuwitz, (possibilité de voir des chevaux sauvages), vol
au-dessus du Grand canyon, villages indiens et volcans (éteints). J’appelais Sightseeing Tours
Unlimited sans plus tarder et négociais le tarif pour deux adultes et une
enfant de 7 ans. Je parvins à obtenir $275 pour 90 minutes de vol en
Cessna. Pas mal. Rendez-vous fut pris le lendemain pour 13 heures. On
viendrait nous chercher à l’hôtel. Parfait. Le grand canyon : 446 kilomètres de long et par endroits 16 kilomètres de large, 1.7 de profondeur du côté nord et 300 pieds de haut.
Nous n’explorerons
aujourd’hui que la visite du Grand Canyon en avion depuis Las Vegas. L’entrée ouest du Grand
Canyon se trouve à 5 heures de route minimum de Las Vegas, et la route
est éloignée de celui-ci, ce qui nécessite de toutes manières une nuit
d’hôtel minimum, et un surcroît de voiture pour aller aux endroits les
plus intéressants. La visite du grand canyon en
avion offre plusieurs avantages :
Comme on dit ici, « There
were bad news and good news ». La mauvaise surprise, c’était
l’heure de trajet jusqu’à Boulder City sans la climatisation dans le
bus malgré la chaleur caniculaire. La bonne nouvelle, c’était la
famille française, parents
de Fabrice, propriétaire du fameux restaurant français «La cachette »
situé 10506 Santa Monica Blvd à Los Angeles. Le plaisir de faire
connaissance avec une famille française rendit le trajet étouffant
beaucoup plus agréable. Nous traversâmes la ville
d’Henderson, située dans la périphérie de Las Vegas. Le prix de
l’immobilier est seulement de $90 .00 par square foot. La ville
s’agrandit de 10 000 personnes par mois, contre 4000 à Las Vegas. La
route nationale, qui supportait aisément le trafic il y a cinq ans, est
devenue une autoroute. Tiens, comme c’est bizarre,
voici une enseigne de casino en plein désert. Le chauffeur nous informe
que c’est le premier casino du Nevada qui se trouve là, juste après le
virage. Dommage, je n’ai eu le temps que de photographier l’enseigne. Par contraste, Boulder City ne délivre
qu’une centaine de permis de construire par an. Ces gens là tiennent à
leur tranquillité. Arrivés au petit aéroport de
Boulder City, nous sommes présentés à notre pilote, Mike (voir
ci-dessous). Ma fille arrive, inquiète, et m’explique en anglais :
« There are BAD news. You see the small airplanes over there ?
These are FOR US ! ». D’habitude, je ne lui réponds pas
lorsqu’elle me parle en anglais, mais là, je passe. J’avoue qu’à ce moment précis,
je regrette d’avoir pris l’initiative d’embarquer ma mère de 75 ans
et ma fille de 7 ans dans ce périple. Mais bon, nous sommes sur place et
n’allons pas faire marche arrière maintenant ! ! ! Elles
n’en parlent pas d’ailleurs, alors pourquoi m’inquiéter ? Tout le monde achète des
bouteilles d’eau et se rafraîchit dans les toilettes. Comment les gens
peuvent-ils vivre ici sous un soleil pareil ? ? ? Certaines
maisons sont très éloignées de la civilisation. Comment sont-ils
ravitaillés ? Par les corbeaux ? L’heure du départ arrive. Pas
de chance, nos amis français sont déjà à bord d’un autre Cessna et
nous ne voyagerons pas avec eux. Un couple canadien et une jeune
femme s’installent. Je demande à Mike d’être installée à côté de
ma fille qui n’en mène pas large. Il fait asseoir ma mère tout à
l’arrière sur un siège au ras du plancher. « C’est vraiment un
vieux coucou, dit-elle en me montrant un morceau de plastic déchiré de
la paroi du Cessna ». Je n’ose la regarder…. Afin de passer le temps et de
faire diversion tandis que Mike termine l’inspection de l’avion, je
parle des premiers avions, sans tout le matériel de bord qui existe
aujourd’hui, des pilotes qui ont ainsi traversé l’Atlantique, juste
avec une boussole et les étoiles, d’Antoine de St Exupéry qui a écrit
le Petit Prince (sans mentionner sa fin tragique….). J’ai déjà prévenu
que cela n’a rien à voir avec un Boeing 747 : cela fait un boucan
pas possible et ça bouge
beaucoup. Bon, ça y est, Mike démarre et nous décollons. Je retrouve les sensations éprouvées lors de mes cours de vol, il y a une dizaine d’années. Après un moment, on s’habitue au ronronnement du moteur et l’avion ne se balance pas trop. Je remercie silencieusement Mike. Ma mère m’assure qu’elle va bien. Comment ai-je pu la faire monter dans ce petit avion, elle qui a peur de voler, je ne me l’expliquerai jamais…. Ma fille est extraordinairement calme, et cela aussi est inexplicable. Pas plus tard qu’hier, elle a passé sa journée sous le dôme du Circus Circus, là où il y a des jeux et manèges pour enfants, et est restée obstinément au sol dans son petit avion… Il y a des choses qu’il ne faut pas chercher à comprendre.
Mike nous signale quelque chose
sur une réserve d’indiens, mais nous ne verrons qu’une espèce de
tente blanche. Point de chevaux sauvages en vue non plus. Plus bas, nous observons un
petit avion voler en plein milieu du canyon. Brrr !!! C’est très
dangereux. Nous faisons demi-tour et
revenons par Hoover Dam. C’est très impressionnant. Les couleurs sont
superbes. Le temps a passé très vite. Et voici déjà
l’atterrissage. Je bénis Mike pour son expérience de pilote et
son vol. A part un moment où ma fille m’a dit «I am trying to hold on »,
traduisez «j’essaie de ne pas paniquer et vomir », tout s’est
bien passé. Idem pour ma mère. Je n’en reviens pas. Allez, une petite
photo avec Mike. Nous retrouvons la famille française
dans la salle d’attente de l’aéroport. « C’était vraiment très
bien. Nous avons volé au milieu du canyon ». Ah ! bon, c’était
vous ? ? ? ? « Oui, il paraît que nous avions
le meilleur pilote. Nous avons frôlé une paroi à un moment. » Ouh
la la ! Sur le canapé, il y a une jeune
femme affalée dont le teint est carrément verdâtre, avec son mari (verdâtre
aussi) qui lui éponge le front. « Ce qui leur est arrivé
est terrible », m’explique le Monsieur. Nous étions
avec eux, et dès le décollage jusqu'à l’arrivée, elle n’a cessé
de vomir. Même son mari a été malade…. Je ne vous dis pas le
pare-brise ! ! ! Et ils ont utilisé tous les sacs
en plastique de l’avion ! ! ! Remerciements silencieux de ma
part à Dieu, au Grand Sachem, etc…etc…. Nous prenons une photo de la
famille française, décidément très sympathique. Nous rentrons à Las Vegas
satisfaits de notre épopée, fourbus, et au frais : j’ai râlé
pour la clim. Nous sommes déposés à notre hôtel
à 17h. Dans les temps. Rien à dire. C’était un bon rapport qualité /prix
et nous garderons tous un merveilleux souvenir de cette journée (sauf le
couple du canapé bien entendu….). |

Francoise ATOUN